Migrer un site de WordPress vers Craft CMS n’est pas une importation. C’est une remodélisation. Ceux qui abordent le projet comme un transfert de données découvrent le vrai coût à mi-parcours, quand il est trop tard pour reculer.
Voici ce que le travail implique réellement, et comment savoir s’il se justifie.
Pourquoi ce n’est pas un import
Dans WordPress, le contenu d’une page mature est réparti entre le corps de texte, des champs ACF, des taxonomies détournées de leur usage, des blocs Gutenberg, parfois des tableaux personnalisés créés par une extension.
Craft ne connaît rien de tout ça. Il faut d’abord décider quelle est la structure réelle de votre contenu — ce que la migration force à faire, et c’est souvent le bénéfice caché de l’exercice. Beaucoup d’organisations découvrent à ce moment-là que leur contenu était mal modélisé depuis des années.
Les cinq étapes réelles
- 1. Inventaire. Combien de pages, quels types, quels champs sont réellement utilisés. On trouve presque toujours des champs remplis sur trois pages et jamais affichés.
- 2. Modélisation. Définir les sections, les types d’entrées, les champs et les relations dans Craft. C’est l’étape qui détermine la qualité du résultat.
- 3. Gabarits. Réécrire l’affichage en Twig. Tout ce que le thème WordPress fournissait — pagination, recherche, menus, fil d’Ariane, formulaires — se rebâtit.
- 4. Transfert du contenu. Par script, depuis la base WordPress ou son API, vers l’API de Craft. Sur un site de quelques centaines de pages, ce script se réécrit plusieurs fois avant d’être fiable.
- 5. Redirections et vérification. La partie que tout le monde sous-estime, et celle qui détermine si vous gardez votre visibilité.
Le contenu coûte plus cher que le code
C’est contre-intuitif, mais sur la majorité des migrations que nous avons menées, le transfert et le nettoyage du contenu représentent davantage d’effort que le développement des gabarits.
Les raisons sont toujours les mêmes : du HTML collé depuis Word dans les corps de texte, des images liées en absolu vers l’ancien domaine, des tableaux mis en page à la main, des raccourcis d’extensions qui ne veulent plus rien dire une fois l’extension partie.
Prévoyez ce poste explicitement au budget. Un devis de migration qui n’en parle pas est un devis incomplet.
Le risque principal est en référencement
Un changement de plateforme modifie souvent la structure des URL. Sans table de correspondance complète en redirections 301, vous perdez l’autorité accumulée et les liens externes.
Les autres pertes classiques : les balises title et méta descriptions gérées par une extension SEO WordPress, les données structurées intégrées au thème, et le contenu supprimé au nom de l’épuration. Nous détaillons ces pièges dans notre article sur les erreurs de refonte qui coûtent cher en référencement.
Ce qui devient plus simple après
- Les déploiements. La configuration de Craft vit dans des fichiers versionnés en Git. Passer une modification de structure de la préproduction à la production devient un déploiement, pas une synchronisation de base de données à la main.
- Les mises à jour. Pas de parc d’extensions tierces à surveiller. Moins de surprises un vendredi soir.
- Le multilingue. Géré dans le cœur du produit plutôt que par une extension.
- L’édition. Les auteurs voient leurs champs, dans l’ordre, avec les bonnes contraintes. Le nombre de pages mal montées tombe.
Ce qui devient plus difficile
- Trouver quelqu’un pour reprendre le site. Le bassin de développeurs Craft au Québec est nettement plus mince. C’est un risque d’affaires réel à assumer consciemment.
- Ajouter une fonctionnalité de niche. Ce qui existait en extension gratuite se développe désormais.
- Le coût récurrent. Licence et renouvellement annuel, là où WordPress est gratuit.
Le test avant de s’engager
Trois questions, honnêtement répondues :
- Vos problèmes actuels viennent-ils de WordPress, ou de la façon dont votre site a été construit? Un WordPress mal bâti refait proprement en WordPress règle souvent tout.
- Votre équipe éditoriale est-elle réellement freinée par l’outil, ou par l’absence de processus?
- Avez-vous un budget de maintenance récurrent? Sinon, la rareté des ressources Craft se retournera contre vous.
Si les trois réponses pointent vers la plateforme, la migration se défend. Si une seule pointe vers l’exécution ou le processus, réglez ça d’abord — ça coûtera beaucoup moins cher.
Pour situer les deux plateformes l’une par rapport à l’autre, lisez Craft CMS ou WordPress : comment choisir sans religion. Pour un cas concret, voyez notre page Craft CMS ou écrivez à info@picard.ca.