La question revient à presque chaque mandat de refonte : on reste sur WordPress ou on passe à autre chose? Craft CMS est le « autre chose » le plus sérieux du marché, et pourtant très peu d’organisations québécoises l’évaluent. Voici comment trancher, sans religion.
Ce qu’est Craft CMS, concrètement
Craft est un CMS commercial en PHP, construit sur le cadriciel Yii, avec Twig comme moteur de gabarits. Contrairement à WordPress, il n’arrive avec aucun thème, aucun bloc préfabriqué et aucune structure de contenu imposée. Vous définissez vos types de contenu, vos champs, vos relations, et vous écrivez vos gabarits.
C’est exactement ce qui plaît et ce qui rebute. Il n’y a pas de « télécharger un thème et partir ». Tout est bâti pour votre cas. En contrepartie, il n’y a pas non plus de couche de compatibilité accumulée sur vingt ans.
Là où Craft est franchement meilleur
- La modélisation du contenu. C’est la différence la plus tangible. Créer une structure éditoriale complexe — des relations entre entités, des champs conditionnels, du contenu réutilisable — se fait nativement, sans plugin. Sur WordPress, ça passe par ACF et une accumulation d’extensions.
- L’expérience d’édition. L’interface ne montre à l’auteur que ses champs, dans l’ordre voulu, avec les bonnes contraintes. Pas d’éditeur de blocs qui laisse tout casser. Les équipes éditoriales exigeantes le sentent en une semaine.
- Le multilingue. Craft gère les sites et les langues nativement, dans le cœur du produit. Côté WordPress, c’est Polylang ou WPML, avec les frictions que ça implique.
- La surface d’attaque. Moins de code tiers, pas d’écosystème de plugins gratuits maintenus par des inconnus. La grande majorité des compromissions WordPress passent par une extension négligée.
- La discipline du code. Migrations de schéma versionnées, configuration en fichiers YAML suivie dans Git, environnements reproductibles. Un déploiement Craft se comporte comme une application, pas comme une base de données qu’on espère synchroniser.
Là où WordPress reste imbattable
- Le coût de démarrage. Un site vitrine correct coûte nettement moins cher en WordPress. Une bonne part du travail est déjà faite.
- Le bassin de ressources. Trouver quelqu’un pour reprendre un WordPress, au Québec, prend une journée. Pour Craft, ça peut prendre des semaines. C’est un vrai risque d’affaires, pas un détail technique.
- L’écosystème. Une intégration obscure avec votre logiciel de gestion existe probablement déjà en WordPress. En Craft, il faudra la développer.
- Le commerce à petite échelle. WooCommerce et Shopify couvrent la majorité des besoins de vente en ligne avec un investissement moindre que Craft Commerce.
- La licence. WordPress est gratuit. Craft est un produit commercial avec un coût de licence et de renouvellement annuel. Marginal sur un budget de projet, mais c’est une ligne de plus.
La question qui tranche vraiment
Ce n’est ni le budget ni la performance. Les deux plateformes peuvent être rapides ou lentes selon l’exécution. La vraie question est celle-ci :
Combien de personnes publieront du contenu, à quelle fréquence, et quel est le coût d’une erreur de leur part?
Si la réponse est « une ou deux personnes, quelques fois par mois, et une erreur se corrige en cinq minutes », WordPress fait le travail et coûtera moins cher. Si c’est « huit personnes dans trois services, tous les jours, et une page mal montée passe devant des milliers de clients », la rigueur structurelle de Craft se rentabilise vite.
Trois situations où on recommande Craft
- Une équipe éditoriale de plusieurs personnes avec des rôles distincts et un besoin de gabarits stricts.
- Une structure de contenu complexe : catalogues, répertoires, programmes, contenus liés entre eux par des relations réelles.
- Un site bilingue ou multi-sites où le contenu diverge d’une langue à l’autre, pas une simple traduction miroir.
Trois situations où on recommande de rester sur WordPress
- Un site vitrine de PME avec une dizaine de pages qui bougent peu. Craft serait de l’ingénierie inutile.
- Un budget serré où chaque dollar doit aller au contenu et à l’acquisition plutôt qu’à l’infrastructure.
- Une équipe interne qui connaît déjà WordPress. Changer d’outil a un coût d’apprentissage réel qu’on sous-estime presque toujours.
Le piège de la migration
Migrer de WordPress vers Craft n’est pas un import. Les structures de contenu ne se correspondent pas : ce qui vivait dans des champs ACF, des taxonomies bricolées et des blocs doit être remodélisé. Sur un site de quelques centaines de pages, la migration de contenu représente souvent plus d’effort que le développement des gabarits.
Et le risque le plus coûteux n’est pas technique, il est en référencement. Une refonte de plateforme sans plan de redirections, sans cartographie des URL et sans surveillance des positions après la mise en ligne peut effacer des années de visibilité. On l’a vu plus d’une fois. Si vous envisagez ce chemin, lisez d’abord notre article sur les erreurs de refonte qui coûtent cher en référencement.
Notre position
On travaille avec les deux, et on n’a aucun intérêt à vous pousser vers l’un ou l’autre : aucune commission, aucun partenariat de revendeur. Dans les faits, la majorité des mandats se règlent très bien en WordPress. Craft devient le bon choix quand la complexité éditoriale dépasse ce que WordPress gère élégamment — et à ce moment-là, l’écart se voit tous les jours dans le travail de vos équipes.
Si vous hésitez, la pire décision est de trancher sur la foi d’un article, y compris celui-ci. Regardez votre structure de contenu réelle, comptez vos éditeurs, et évaluez le coût d’une erreur de publication. La réponse sort d’elle-même.
Pour discuter d’un cas précis, voyez notre page Craft CMS ou écrivez-nous à info@picard.ca.